
La solidarité viendrait du latin solidus, qui signifie : solide, massif, formant un tout.
Quand on cherche des homonymies, on trouve : cohésion, association, entraide, mutualité, camaraderie, fraternité..
l’humanité; les hommes et les femmes, sont bien faible en ce monde quand ils sont nus (petite chose fragile) et c’est bien le fait d’avoir été « solidaire » pour former une meute plus forte, massive et en s’entraidant que l’humanité a été en mesure de sortir de sa grotte et de conquérir le monde. Seul nous sommes faible. Nous avons besoin les uns des autres.
Paradoxalement, la prise de conscience de la vulnérabilité individuelle, sans un bouclier collectif imparable, si elle génère de la peur, peut responsabiliser l’individu (s’il ne panique pas ou ne fuit pas dans le déni ou le divertissement ). La crise actuelle, en dissipant le brouillard de l’agitation banale quotidienne et responsabilisant sur ce qui dépend de nous, peut permettre aux individus de reprendre confiance en la puissance individuelle, les amener à l’engagement et par la même à la solidarité. Une forme d’altruisme intéressé, mais altruisme quand même. La peur utile réveillerait-t-elle en nous «l’instinct de meute » caché sous les couches d’individualisme déposées par une société consumériste (pas l’instinct grégaire de suivi mais bien celui protecteur et d’entraide) ?
En effet, l’évolution de la société depuis 200 ans n’a fait qu’individualiser les hommes et les femmes, en cassant la cohésion et l’esprit fraternel/camaraderie (devise de la France pourtant ; sacrifié sur l’hôtel du pouvoir et du contrôle depuis longtemps) car pour faciliter le contrôle le plus simple c’est de tuer l’entraide et le collectif afin que le peuple ne soit pas « soudé »
On va peut être s’apercevoir qu’après 45 jours de confinement, la solidarité peut s’exprimer sous diverses formes et que face à l’individualité, nos sociétés pourraient réussir à faire émerger une nouvelle forme de valeurs dans le collectif : le collectif du foyer, d’une équipe, d’une entreprise, d’un réseau, d’une nation, de l’Europe… En exil à Guernesey, Victor Hugo écrivait dans ses carnets :
« ma vie se résume en deux mots : solitaire, solidaire ».
Peut être que la solitude entraîne l’envie de solidarité.
Alors oui, il y a énormément d’association en France qui viennent en aide aux personnes sur tous les thèmes possible et qui supplantent depuis longtemps les prérogatives régaliennes de l’état (heureusement car sinon on serait vraiment mal). Mais ces collectifs s’essoufflent et la relève est loin d’être assurée par les générations qui arrivent.
Ces générations qui arrivent à être ensemble sans se parler car tous scotchés à leurs smartphones, ces générations qui préfèrent faire une visio pour prendre des nouvelles de leurs « potes » plutôt que de traverser la rue et « sortir » (et ça sans même être confiné, même quand c’est pas la crise), ces générations qui n’ont plus le goût de l’effort et qui n’aiment plus s’investir ou s’impliquer car cela demande trop de travail.
Pourtant la solidarité existe partout dans le monde et beaucoup plus dans des sociétés moins « évoluées » que la nôtre (la notion de société dite évoluée est aussi un grand débat en soi) mais la réalité est que cette pseudo solidarité ne se voit qu’en temps de crise (et encore). Quelques héros/héroïne se distinguent et montrent la voie et parfois inspirent les autres par leurs actions mais globalement les élans de solidarité sont de plus en plus rare.
J’ai retenu la formule suivante du Président dans sa première allocution :
« le jour d’après ne sera pas comme le jour d’avant »
On peut le souhaiter (ou pas) on peut y croire (ou pas).
Il y a fort à parier qu’après l’expérience d’une solidarité « limitée au confinement » (serrer les dents et attendre que ça passe), la grande majorité des acteurs sociaux et économiques retrouvera ses habitudes, ses modes de fonctionnements et reprendra place dans le système d’avant. Nous n’aurons alors pas tiré grand chose de cette expérience. Le scénario est probable. A l’échelle d’une nation, cette solidarité, sans changement de cadre de référence, a une espérance de vie bien limitée. Et changer de cadre indépendamment des autres nations, c’est pas gagné !
Pourquoi? Parce que pour être solidaire, il faut prendre conscience de beaucoup de chose ; seul on est faible face au monde qui nous entoure… mais aussi ; le respect, la prise en compte d’autrui, les responsabilités qui sont les nôtres, les limites à notre propre liberté quand on vit dans une « société », le civisme, etc… J’espère que cette crise majeure et celle qui va arriver juste derrière (récession globale) va ouvrir les yeux de l’ensemble des personnes, dans tous les pays car nous avons besoin de cette « solidarité retrouvée » pour nous sauver tous, pour sauver notre planète.
Faire montre de solidarité actuellement n’est donc pas un exploit. C’est au plan moral, un devoir, et au plan légal une obligation dictée par les pouvoirs publics. En appliquant un confinement rigoureux, en limitant mes déplacements et mes contacts sociaux je me montre solidaire avec mes concitoyens, puisque je les protège, je me protège et j’apporte ma contribution au non engorgement des services de santé.
Oui la solidarité me semble se développer sous « le choc » par la prise de conscience de l’interdépendance : « si tu tombes, je tombe », comme en montagne dans une cordée…
C’est un premier niveau de solidarité, qui s’impose à tous dans une situation exceptionnelle. Il s’agit de serrer les dents et d’attendre que ça passe. Cette forme de solidarité, perdurera-t-elle une fois la crise sanitaire surmontée ? Personnellement je n’en ferai pas le pari. Et vous ?
Le second niveau de solidarité serait pour moi celle qui s’exerce de façon spontanée, irréfléchie, qui s’applique sans se commander, sans même qu’on en soit conscient. On pourrait parler de bienveillance tout simplement. C’est à mon avis cette solidarité là qui change vraiment ce que l’on est ou qui renforce notre humanité. C’est aussi celle qui donne du plaisir, et ça, c’est bon à prendre en ce moment ! Cette solidarité là révèle une part d’émotion sans laquelle, tout magicien le sait, on ne peut pas se mettre en mouvement.
Pour moi il faut donc passer par l’expérience d’une solidarité spontanée, émotionnelle. Cela me semble nécessaire pour construire quelque chose de meilleur et ce, de façon durable.
Changement de surface ou changement abyssal ?
La bonne nouvelle c’est que vivre un confinement de 45 jours ce n’est pas rien ! On en ressort probablement un peu transformé. Le terreau serait donc favorable pour commencer à faire pousser d’autres plantes que celles qui conduisent à ce type de situation. Au moins pendant une courte période et à l’échelle d’une expérience commune (la famille bien sur, le cercle amical, l’entreprise, peut être même le territoire local)
Mais je reste optimiste et je fais l’hypothèse que la crise que la planète connait est telle que la communauté internationale réagira et mettra en place des solidarités nouvelles, comme elle l’a fait au lendemain de la seconde guerre mondiale . Si les dirigeants prennent le risque d’affoler tout le monde en martelant que nous sommes en guerre, ce n’est peut être pas que pour faire appliquer le confinement . Ne saisiraient ils pas l’opportunité de la crise sanitaire pour corriger (ou remettre en cause) le système du « jour d’avant » et jeter les bases d’un « système d’après », ou l’on vivrait sobrement sans détruire le reste du vivant, ni hypothéquer l’avenir des générations futures et de nos enfants.
En conclusion je dirai donc que si « l’homme est un animal social » ( le « zôon politikon » d’Aristote, le « homo est naturaliter socialis » de Saint Thomas d’Aquin), c’est probablement parce que son potentiel de solidarité est immense, comme un préalable au reste.
Je vous souhaite le meilleur 🙂

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